Accueil » Arras pendant la Première Guerre mondiale

Arras pendant la Première Guerre mondiale

Repères : Arras pendant la Première Guerre mondiale, 1914-1918

Entre 1914 et 1918, Arras traverse quatre années de guerre dans une région où le front se déplace puis se stabilise. Ces repères replacent la ville dans l’histoire de la Première Guerre mondiale sans confondre les événements locaux avec l’ensemble du conflit. Une chronologie donne les dates essentielles et indique les sources associées. Regards sur l’Artois propose aussi des dossiers distincts pour approfondir certains lieux et épisodes. Le parcours va de la présentation du guide aux ressources consacrées à la bataille d’Arras, à la carrière Wellington et au mémorial de Vimy.

Présentation de Regards sur l’Artois

Regards sur l’Artois est un guide indépendant consacré à l’histoire et au patrimoine d’Arras et du Pas-de-Calais. Son approche met en relation les lieux, les périodes historiques et les traces conservées dans le territoire, afin d’aider le lecteur à situer les événements dans leur contexte. La Grande Guerre constitue l’un des sujets abordés, avec un cadre chronologique allant de 1914 à 1918 et des repères propres à la région.

Le guide n’est ni un musée ni un office de tourisme. Il ne remplace pas les collections, les archives ou les dispositifs d’accueil des institutions locales : il propose des informations de contexte et des pistes de lecture du patrimoine. Pour la période 1914–1918, cela signifie distinguer la chronologie générale du conflit des dossiers consacrés à un épisode ou à un lieu précis. Cette distinction permet de suivre d’abord les principaux jalons historiques, puis d’approfondir les sujets qui retiennent l’attention, qu’il s’agisse d’un site souterrain, d’un mémorial ou des combats menés en Artois.

Cadre chronologique 1914–1918

Les repères ci-dessous associent les événements de guerre à des dates documentées et à des sources identifiables. Ils comprennent aussi quelques jalons postérieurs, utiles pour comprendre comment certains lieux ont été commémorés ou rendus accessibles au public.

Repères chronologiques liés à Arras et à la guerre en Artois
DateRepèreSource
Automne 1914Après les mouvements de la première phase de la guerre, le front se fixe dans le nord de la France et Arras se retrouve au voisinage d’une zone de combats.John Keegan, The First World War, 1998.
1914–1915Les bombardements endommagent des bâtiments et des quartiers d’Arras. Les documents photographiques et dossiers de dommages conservés par les archives locales permettent d’en suivre les traces.Archives municipales d’Arras, documents et dossiers de dommages de guerre datés de 1914–1915.
9 avril–16 mai 1917La bataille d’Arras se déroule durant cette période, dans le cadre des opérations alliées du printemps 1917.G. W. L. Nicholson, Canadian Expeditionary Force, 1914–1919, 1962.
26 juillet 1936Le mémorial canadien de Vimy est inauguré par le roi Édouard VIII.Anciens Combattants Canada, notice historique du Mémorial national du Canada à Vimy.
2008La carrière Wellington ouvre au public comme site de mémoire et de découverte souterrain à Arras.Carrière Wellington, informations historiques du site, date d’ouverture : 2008.

Les dates de 1914 à 1917 situent les années de guerre ; celles de 1936 et de 2008 relèvent de la commémoration et de la médiation patrimoniale. Elles montrent que la mémoire des combats s’est matérialisée à des moments différents, au moyen d’un mémorial et d’un lieu de visite aménagé.

Orientation vers dossiers spécialisés

Le panorama général permet de prendre la mesure des années 1914–1918 à Arras ; trois dossiers spécialisés conduisent ensuite vers des sujets plus précis. La page consacrée à la bataille d’Arras développe le déroulement des opérations d’avril 1917 et leur place dans les combats du printemps. Elle s’adresse au lecteur qui souhaite passer des repères chronologiques aux enjeux militaires de cet épisode.

Le dossier sur la carrière Wellington porte sur le réseau souterrain associé aux préparatifs de 1917 et sur son interprétation mémorielle. Celui du mémorial de Vimy se concentre sur le monument canadien, son inauguration en 1936 et la commémoration des soldats tombés. Ces lieux et événements sont liés à l’histoire de l’Artois, mais ils ne se confondent pas : le premier est un site souterrain à Arras, tandis que Vimy possède son propre cadre commémoratif.

Pour aborder le sujet dans l’ordre, commencez par les repères de 1914–1918, puis choisissez le dossier correspondant à votre intérêt : opérations, patrimoine souterrain ou mémoire canadienne. Cette lecture par étapes distingue le contexte régional des récits consacrés à un lieu ou à un événement particulier.

Une ville sur la ligne de front

À l’automne 1914, les combats du Front occidental se rapprochent d’Arras et transforment la vie d’une ville jusque-là éloignée des opérations. Les armées s’installent dans la région, tandis que les habitants doivent composer avec les évacuations, les alertes et des services publics perturbés. Les bombardements endommagent peu à peu les rues et les édifices du centre. Le beffroi et les bâtiments des deux places symbolisent cette destruction progressive. L’automne 1914 marque le basculement d’Arras en ville de front.

Octobre 1914, la guerre de position

À la fin de septembre 1914, après la bataille de la Marne, les armées cherchent à se déborder vers le nord. Cette « course à la mer » amène les troupes allemandes et alliées dans le Pas-de-Calais. Arras, carrefour routier et ferroviaire, se retrouve au voisinage immédiat des lignes de combat. Les forces allemandes entrent dans la ville au début d’octobre, mais les troupes françaises les repoussent quelques jours plus tard. Arras demeure du côté allié, tandis que le front se fixe à proximité.

La stabilisation des lignes change la fonction de la ville : les rues et les bâtiments proches des accès deviennent exposés aux tirs, et les mouvements de soldats se mêlent à ceux des habitants. L’armée utilise les voies de communication pour acheminer hommes et matériel vers le secteur. Les autorités municipales doivent maintenir l’administration dans des conditions de plus en plus difficiles, alors que les communications, les transports et l’approvisionnement sont soumis aux alertes et aux destructions.

Les civils quittent les quartiers les plus menacés ou sont évacués lorsque les combats rendent leur présence trop dangereuse. Les départs se font souvent dans l’urgence, avec des bagages limités, et séparent parfois les familles. Les écoles ferment ou interrompent leur activité ; les services municipaux, les soins et les distributions fonctionnent de manière irrégulière selon les dégâts et les disponibilités. Les habitants restés sur place vivent au rythme des tirs et des consignes de sécurité. En octobre 1914, Arras passe ainsi d’une ville proche des opérations à une ville directement exposée aux contraintes du front.

Une ville bombardée pendant quatre ans

Les bombardements commencent dès les premiers combats et reprennent au fil des années, frappant les édifices publics, les logements et les commerces. Le beffroi s’est effondré en octobre 1914 ; les bâtiments des deux places ont été perdus en 1914–1915. La destruction de la ville est estimée entre 75 et 85 % selon les sources. Cette fourchette est reprise dans les synthèses patrimoniales de la Ville d’Arras, notamment dans sa documentation historique publiée en 2014. Les dégâts bouleversent à la fois le paysage urbain et les conditions de vie des habitants :

  • Les immeubles des places sont détruits ou rendus inutilisables, entraînant la disparition de logements, d’ateliers et de commerces au cœur de la ville.
  • Les rues encombrées de gravats compliquent les déplacements à pied et le transport des marchandises, tandis que les réseaux urbains sont endommagés.
  • Les familles évacuées perdent souvent l’accès à leur domicile et à leurs biens ; certaines ne peuvent récupérer que quelques effets personnels.
  • Les commerces et les métiers liés au centre cessent leur activité ou se déplacent, réduisant les ressources des ménages et les échanges locaux.
  • Les administrations et les services de proximité doivent travailler dans des locaux endommagés ou provisoires, avec des moyens limités par les destructions.

La perte des bâtiments des deux places atteint le cœur civique et commercial d’Arras, tandis que les dommages dispersés touchent aussi les quartiers d’habitation. Les chiffres varient selon le périmètre retenu et la manière de comptabiliser les édifices inhabitables, détruits ou gravement endommagés ; la fourchette de 75 à 85 % rend compte de cette variation. L’automne 1914 reste le repère du basculement d’Arras en ville de front et du début de la destruction progressive de son centre.

Le printemps 1917 en Artois

Au printemps 1917, les Alliés organisent une série d’opérations destinées à exercer une pression sur les lignes allemandes. En Artois, l’armée britannique attaque autour d’Arras, tandis que l’armée française prépare une offensive sur l’Aisne. Ces actions s’inscrivent dans une même stratégie générale, mais elles ont des commandements, des objectifs immédiats et des zones d’engagement distincts. Leur rapprochement dans le calendrier ne doit pas faire confondre la bataille d’Arras avec l’offensive conduite par Nivelle.

L’offensive britannique

L’attaque britannique à Arras débute le 9 avril 1917, au moment où le printemps transforme les routes de l’Artois en axes essentiels pour acheminer hommes, canons et ravitaillement. La Third Army du général Allenby porte l’attaque principale. Elle agit dans le cadre du corps expéditionnaire britannique, dont Haig commande l’ensemble des forces. La chaîne de commandement distingue ainsi le chef qui dirige l’opération sur le terrain et le commandant en chef responsable de la conduite britannique à l’échelle du front (J. E. Edmonds, histoire officielle des opérations britanniques, 1928).

L’offensive vise les positions allemandes autour d’Arras et doit fixer des troupes adverses pendant que les Français préparent leur attaque sur l’Aisne. La préparation d’artillerie et l’assaut de l’infanterie sont coordonnés pour ouvrir des brèches dans les défenses et permettre une progression au-delà des premières lignes. Le secteur comprend des positions fortifiées, des villages et des hauteurs qui compliquent l’avance : la prise d’un objectif local ne signifie pas automatiquement une percée stratégique.

Le calendrier britannique et celui de l’opération française sont rapprochés dans le plan allié de 1917, mais l’offensive d’Arras demeure une opération distincte. Son commandement relève de Haig et d’Allenby, et son champ d’action est l’Artois. Les jalons militaires et la chaîne de commandement sont rapportés par l’historien officiel britannique J. E. Edmonds dans son étude publiée en 1928.

Le contexte de l’offensive Nivelle

Le plan allié du printemps 1917 associe une attaque britannique en Artois à une offensive française sur l’Aisne. Les deux opérations doivent imposer une pression simultanée aux forces allemandes, mais elles ne forment pas une seule bataille : leurs commandants, leurs objectifs immédiats et leurs théâtres sont différents. Le tableau distingue leurs principaux repères, établis par l’histoire officielle britannique et par l’étude de la stratégie française de Robert A. Doughty.

Deux opérations distinctes dans le plan allié de 1917
RepèreOpération britannique en ArtoisOffensive française sur l’Aisne
CommandementHaig commande les forces britanniques ; la Third Army du général Allenby porte l’attaque principale (Edmonds, 1928).Le général Robert Nivelle commande l’offensive française (Doughty, 2005).
Début de l’attaque9 avril 1917, à Arras et dans le secteur de l’Artois (Edmonds, 1928).16 avril 1917, sur l’Aisne, notamment dans le secteur du Chemin des Dames (Doughty, 2005).
Objectif et portéeAttaquer les positions allemandes en Artois et soutenir l’effort allié par une opération britannique conduite dans ce secteur (Edmonds, 1928).Obtenir une percée des lignes allemandes sur l’Aisne par l’offensive française conçue par Nivelle (Doughty, 2005).

La proximité des dates traduit la coordination générale du plan, non une identité de commandement ni de terrain. Arras relève de l’effort britannique en Artois ; l’attaque du 16 avril relève de l’armée française sur l’Aisne. Robert A. Doughty analyse la stratégie française et l’offensive de Nivelle dans Pyrrhic Victory: French Strategy and Operations in the Great War, publié en 2005 ; J. E. Edmonds retrace les opérations britanniques dans l’histoire officielle parue en 1928.

Les lieux de mémoire autour d’Arras

Autour d’Arras, la mémoire de la Grande Guerre se lit dans des lieux qui racontent des expériences différentes. La carrière Wellington témoigne de la préparation souterraine de la bataille d’avril 1917, tandis que le mémorial de Vimy rend hommage aux Canadiens morts pendant le conflit. À l’échelle de la ville, la reconstruction révèle les choix faits par les habitants et les pouvoirs publics après 1918. Ces repères associent histoire militaire, deuil et transformation urbaine sans réduire le souvenir de la Première Guerre mondiale aux seuls champs de bataille.

La carrière Wellington

Sous les rues d’Arras, la carrière Wellington conserve la trace d’un réseau souterrain aménagé pour préparer la bataille d’Arras. Des carrières de craie anciennes furent reliées et organisées afin de permettre aux soldats britanniques et du Commonwealth de se rassembler à couvert avant l’offensive du 9 avril 1917. Des galeries, des salles et des inscriptions gravées dans la craie rendent perceptible le travail nécessaire pour transformer un espace d’extraction en infrastructure militaire.

Le musée de la carrière Wellington a ouvert en 2008. Le parcours souterrain montre comment les galeries servaient à déplacer et à abriter des hommes, à stocker du matériel et à coordonner leur arrivée vers les sorties. Les traces laissées sur les parois donnent aussi une dimension individuelle à cette organisation : noms, indications et dessins rappellent que ces passages furent fréquentés par des soldats de différentes unités, et non conçus comme un simple décor de bataille.

Le site illustre ainsi la place des souterrains dans les stratégies militaires à Arras et l’ampleur du travail de préparation réalisé avant l’assaut. La progression dans la craie aide à comprendre la contrainte de l’espace, l’obscurité et la proximité des troupes réunies sous la ville. La carrière complète les récits de surface en donnant à voir une forme de combat moins visible : l’ingénierie, la logistique et l’attente qui précèdent l’engagement. Elle relie enfin le paysage urbain actuel à un épisode décisif de la guerre, sans confondre le lieu de préparation avec le champ de bataille lui-même.

Le mémorial de Vimy

Érigé sur la crête de Vimy, le mémorial rappelle le sacrifice des Canadiens morts pendant la Première Guerre mondiale. Il est dédié aux soldats canadiens tués au cours du conflit, notamment à ceux dont la sépulture n’a pas été identifiée. La dédicace donne au monument une portée nationale, mais elle s’inscrit aussi dans le paysage de l’Artois, marqué par les combats et les pertes de plusieurs armées alliées.

Le mémorial de Vimy a été inauguré le 26 juillet 1936. Conçu par le sculpteur canadien Walter Allward, il associe deux hautes formes de pierre à des figures sculptées et à des inscriptions. Les noms gravés rappellent des hommes disparus, tandis que les sculptures donnent au lieu une dimension de deuil et de recueillement. La hauteur et la visibilité du monument en font un repère paysager, distinct des cimetières militaires où les tombes individuelles structurent la mémoire.

Vimy ne raconte pas seulement un épisode militaire : le monument exprime la manière dont le Canada a inscrit les morts de la guerre dans sa mémoire collective. Sa présence en Artois souligne les liens forgés par l’Alliance franco-britannique et par la participation des troupes canadiennes aux opérations sur le Front occidental. Le site met en relation le souvenir d’une communauté nationale avec un territoire français où les soldats ont combattu. Il complète la carrière Wellington : l’une fait comprendre une préparation souterraine à proximité d’Arras, l’autre rend visible, sur une hauteur, l’hommage rendu aux disparus canadiens.

La mémoire de la reconstruction

Après la guerre, reconstruire Arras ne consistait pas seulement à réparer des bâtiments : il fallait décider quelles formes du passé conserver et comment répondre aux besoins des habitants. Les choix furent à la fois civils, parce qu’ils concernaient les logements et les activités quotidiennes, et politiques, puisque les institutions locales et l’État devaient organiser les priorités, les financements et l’aménagement. La reconstruction a ainsi transformé les dommages en débat sur l’avenir de la ville.

  • Le relevé des destructions permettait d’identifier les immeubles inhabitables, les rues touchées et les équipements à rétablir avant le retour durable des habitants.
  • La remise en état des réseaux et des voies devait rétablir les déplacements, l’approvisionnement et les services indispensables à la reprise de la vie urbaine.
  • La reconstruction des logements répondait au besoin de reloger les familles et de rendre possibles le retour des habitants ainsi que la reprise des activités locales.
  • La restauration des bâtiments publics, dont l’hôtel de ville et le beffroi, réaffirmait la présence des institutions et la continuité de la vie civique.
  • Les décisions architecturales combinaient la volonté de retrouver des repères historiques et la nécessité de reconstruire des édifices adaptés aux usages de l’après-guerre.

Ces axes montrent que la reconstruction ne fut pas un simple retour à l’identique : elle impliqua des arbitrages entre mémoire, urgence matérielle et fonctionnement d’une ville habitée. Les choix visibles dans le centre témoignent de cette volonté de rétablir une continuité urbaine et civique après les destructions. À Arras, la ville a choisi de se reconstruire plutôt que de conserver ses ruines.

Dans cette rubrique

  • La bataille d’Arras de 1917

    La bataille d’Arras d’avril-mai 1917 : plan allié, Troisième Armée, prise de la crête de Vimy par les Canadiens, tunnels de la…

  • La carrière Wellington d’Arras

    La carrière Wellington à Arras : les mineurs néo-zélandais, le réseau de tunnels de 1916-1917, la vie souterraine des soldats et le…

  • Le mémorial de Vimy

    Le mémorial national canadien de Vimy : bataille de la crête en avril 1917, concours de 160 projets, sculpteur Walter Allward, inauguré…