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Grand’Place et Place des Héros d’Arras

Deux places nées des marchés médiévaux

Au cœur d’Arras, deux places distinctes ont organisé les échanges et la circulation des marchands. La Grand’Place accueillait les activités commerciales à grande échelle, tandis que la Petite Place, devenue la Place des Héros, remplissait un rôle complémentaire. Leur proximité les reliait au même centre urbain, sans en faire un espace unique. Leur disposition par rapport au beffroi et à l’hôtel de ville rendait aussi visibles les liens entre commerce et pouvoir municipal.

La Grand’Place

La Grand’Place d’Arras s’est formée au Moyen Âge comme un vaste espace d’échange au sein de la ville marchande. Sa fonction première était de permettre l’installation de vendeurs et l’accès des acheteurs depuis les rues qui y débouchaient. Elle constituait un point de rassemblement commercial, mais aussi un repère dans le tissu urbain : les rues voisines mettaient en relation les quartiers d’habitation, les ateliers et les autres lieux de marché.

Son emprise dégagée la distinguait des rues étroites alentour et permettait de répartir les activités sur ses côtés plutôt que de concentrer les circulations en un seul passage. Les parcelles riveraines formaient des unités séparées, chacune ouvrant sur la place ; leur succession structurait le pourtour et offrait aux commerces une adresse directement exposée aux flux. Cette organisation associait des espaces de vente accessibles depuis la rue à des bâtiments privés, sans confondre la place elle-même avec les locaux commerciaux.

Le beffroi et l’hôtel de ville ne se dressent pas au centre de la Grand’Place : ils sont associés à la Place des Héros voisine. Cette distinction aide à lire l’organisation du cœur urbain. La Grand’Place porte d’abord la fonction d’accueil des échanges, tandis que les édifices municipaux marquent l’espace adjacent. Les deux places communiquent par les rues qui les relient, mais chacune conserve son emprise et son rôle.

Pour une promenade historique, observez la forme de la place et les alignements des parcelles avant de rejoindre le secteur du beffroi : cette lecture rend perceptible la logique commerciale du site sans confondre les deux espaces.

La Place des Héros

La Place des Héros est une place distincte de la Grand’Place, située à proximité immédiate et reliée à elle par le réseau des rues. Elle était anciennement appelée Petite Place, ou Petit Marché. Le guide patrimonial local consacré à Arras fait remonter ces appellations au XIIe siècle. Ce nom ancien rappelle sa fonction de marché, mais aussi sa place dans une organisation urbaine où plusieurs espaces de vente pouvaient coexister.

La topographie du secteur s’est construite autour de cet espace plus resserré que la Grand’Place. La Petite Place constituait un second pôle d’échanges, avec ses accès par les rues et ses façades tournées vers le lieu de vente. À proximité, l’hôtel de ville et le beffroi inscrivaient les institutions municipales dans le parcours quotidien des habitants et des commerçants. La relation entre marché et administration se lisait ainsi dans la disposition des lieux, sans que la place municipale et la place marchande ne se confondent.

Le nom actuel, adopté en 1945, rend hommage aux résistants d’Arras, selon le repère historique municipal consacré à la dénomination de la place. Il a remplacé les appellations Petite Place et Petit Marché dans l’usage courant, tout en laissant visible la mémoire de l’ancienne fonction commerciale dans l’histoire locale. Le changement de nom a donc donné à un espace ancien une référence mémorielle nouvelle, sans modifier son identité de place urbaine.

La Place des Héros joue aujourd’hui un rôle propre dans la lecture du centre historique : elle associe l’ancien site du Petit Marché aux édifices municipaux voisins. Lors d’une visite, repérer séparément les deux places et leur liaison par les rues permet de comprendre leur évolution topographique et la différence de leurs fonctions.

Une organisation commerciale ancienne

Les deux places répondaient à un besoin concret : offrir dans le cœur de la ville plusieurs espaces capables d’accueillir les vendeurs, les marchandises et les acheteurs. La Grand’Place servait de principal lieu d’échange, tandis que la Petite Place, aujourd’hui Place des Héros, formait un pôle complémentaire. Cette répartition évitait de faire dépendre tout le commerce d’un seul espace et reliait les activités aux rues d’accès et aux quartiers proches.

La vie marchande combinait des boutiques établies autour des places et des étals installés pour les jours de marché. Les marchands apportaient leurs produits, les vendeurs tenaient les emplacements et les acheteurs circulaient entre les points de vente. Les halles, lorsqu’elles étaient présentes dans l’organisation commerciale locale, permettaient d’abriter certaines transactions ; elles ne doivent pas être confondues avec l’ensemble des étals en plein air. Les lieux de vente formaient ainsi un réseau plutôt qu’un marché unique contenu dans un bâtiment.

  • La Grand’Place offrait le principal espace de rassemblement commercial, grâce à son emprise dégagée et aux rues qui y conduisaient depuis différents secteurs urbains.
  • La Petite Place, appelée aussi Petit Marché, apportait un second site de vente à proximité, au lieu de prolonger simplement la Grand’Place sous un autre nom.
  • Les marchands pouvaient tenir des boutiques riveraines ou proposer leurs marchandises sur des étals temporaires, selon leur activité et les conditions du marché.
  • Les acheteurs passaient d’un espace à l’autre par les rues de liaison, ce qui distribuait les déplacements entre les deux places et les commerces voisins.
  • Les rendez-vous hebdomadaires structuraient les échanges récurrents, tandis que les activités quotidiennes des boutiques maintenaient une fréquentation régulière du centre.

La hiérarchie entre les places ne signifie pas que l’une était commerciale et l’autre sans commerce : toutes deux participaient aux échanges, mais avec des capacités et des situations différentes. Le choix de deux espaces distincts tient à la forme de la ville et à la nécessité de desservir plusieurs flux. Le voisinage du beffroi et de l’hôtel de ville ajoutait à ce dispositif un repère de pouvoir municipal, sans déplacer le centre des transactions hors des places.

Pour comprendre cette organisation, retenez la fonction historique de chaque lieu : la Grand’Place accueillait le grand espace marchand, et la Petite Place constituait un marché complémentaire, relié aux rues et aux institutions du centre d’Arras.

Le baroque flamand des façades

Sur les deux places d’Arras, les façades composent un ensemble où les lignes verticales des pignons répondent au rythme horizontal des arcades. Le vocabulaire mêle pierre, brique, colonnes et courbes, avec une inspiration flamande qui se lit dans la silhouette des maisons. Le terme « baroque flamand » désigne ici une tradition artistique régionale, et non un style espagnol, même si l’Espagne dominait la région au XVIIe siècle. Les maisons, datées des XVIIe et XVIIIe siècles dans la présentation de l’Office de tourisme Arras Pays d’Artois (2024), forment un décor cohérent sans être toutes identiques. Observer la forme des pignons, le niveau des arcades et la relation des façades au beffroi permet de distinguer les deux places au fil de la promenade.

Pignons, arcades et colonnes

Le regard peut commencer par les toits : les pignons découpent le ciel et donnent aux maisons leur profil immédiatement reconnaissable. À Arras, les formes à gradins côtoient des compositions à volutes, dont les courbes assouplissent la silhouette sans effacer la trame régulière des façades.

  • Les pignons à gradins superposent des ressauts successifs ; leurs contours nets prolongent la verticalité des maisons et se détachent clairement sur les lignes de toiture voisines.
  • Les pignons à volutes introduisent des courbes enroulées sur les côtés ; ce motif apporte un mouvement décoratif au couronnement des façades.
  • Au rez-de-chaussée, les arcades forment une galerie continue devant les commerces ; leur répétition crée une ligne d’ombre et un passage abrité le long des maisons.
  • Les colonnes porteuses séparent les ouvertures de la galerie et transmettent les charges des niveaux supérieurs ; elles donnent aux arcades leur rythme régulier.
  • Les étages associent fenêtres alignées et travées étroites ; cette composition élancée équilibre la largeur des rez-de-chaussée ouverts sur la place.
  • Les ornements sculptés, les encadrements et les variations de pignons différencient les maisons, tandis que l’alignement général conserve une forte unité visuelle.

Cette combinaison de courbes, de reliefs et de galeries s’inscrit dans le baroque flamand, dont on retrouve des expressions comparables dans des villes proches comme Lille et Douai. La parenté tient au goût des façades animées et des pignons décoratifs, mais chaque ville adapte ces formes à son tissu urbain. À Arras, les arcades communes unifient particulièrement les rez-de-chaussée, tandis que les couronnements préservent la diversité de chaque maison. Le résultat associe une ordonnance régulière à un décor sculptural : l’ensemble paraît homogène à distance, puis révèle ses variations lorsqu’on observe chaque façade de près.

Les matériaux de construction

La palette des façades associe des matériaux de maçonnerie aux rôles distincts : la structure, le parement et les éléments sculptés ne répondent pas aux mêmes contraintes. L’Office de tourisme Arras Pays d’Artois (2024) indique environ 345 colonnes en grès pour les arcades des deux places.

  • Le grès apparaît notamment dans les colonnes des galeries ; sa résistance à l’usure convient à des supports exposés aux passages et aux intempéries.
  • La brique compose une part importante des maçonneries ; elle permet de monter les murs et contribue aux contrastes de couleur des façades.
  • La pierre de taille sert aux éléments qui demandent une finition précise, comme certains encadrements, bandeaux et détails sculptés autour des ouvertures.
  • Les enduits couvrent ou protègent des surfaces maçonnées et unifient visuellement certaines parties ; leur état dépend de l’entretien et de la compatibilité avec le support.

La combinaison de la brique et de la pierre est caractéristique de nombreuses architectures régionales : les matériaux disponibles sont mis en œuvre selon leur fonction, plutôt que dans un parement uniforme. Le grès des colonnes, soumis aux frottements au niveau de la rue, n’a pas le même usage que la brique des murs ou la pierre finement taillée des détails. Cette diversité explique les différences de texture visibles d’une travée à l’autre. Elle impose aussi, lors de travaux sur les bâtiments historiques, de choisir des matériaux et des mortiers compatibles avec les maçonneries existantes afin de préserver leur comportement et leur aspect.

Ce qui distingue les deux places

Les deux places partagent une même grammaire de façades, mais leur forme et leur relation aux édifices civiques donnent à chacune une lecture différente. Les chiffres de présentation de l’Office de tourisme Arras Pays d’Artois (2024) recensent environ 155 maisons sur les deux places et 345 colonnes en grès formant les arcades communes.

Repères pour comparer les deux places d’Arras
RepèreGrand’PlacePlace des Héros
MorphologieVaste espace de forme rectangulaire, bordé de rangées de maisons à arcades.Espace plus resserré, dont le front bâti se lit étroitement avec les édifices civiques.
Densité et rythmeLa longueur des alignements met en évidence la répétition des travées et des arcades.Les façades paraissent plus proches les unes des autres ; les détails se perçoivent aisément depuis le centre.
Traitement des façadesLes pignons variés animent une longue perspective commerciale sans rompre l’alignement général.La proximité de la mairie et du beffroi donne davantage de poids visuel au décor monumental.
Fonction urbaine lisibleLa galerie continue souligne le rôle de place de marché et de circulation commerciale.La relation aux bâtiments municipaux rend plus sensible la fonction civique du cœur de ville.
Relation au beffroiLe beffroi apparaît dans la perspective urbaine, mais ne commande pas seul la lecture de la place.Le beffroi et la mairie structurent directement le paysage de la place et ses vues principales.

La comparaison fait ressortir deux effets : la Grand’Place se découvre par l’ampleur de ses alignements, tandis que la Place des Héros se comprend plus vite par la proximité du beffroi et de la mairie. Les mêmes arcades et les mêmes matériaux relient les lieux sans effacer leurs fonctions ni leurs proportions propres. Pour lire le style sur place, le repère le plus simple consiste à lever les yeux vers les pignons, puis à suivre les colonnes au niveau de la galerie : les différences apparaissent immédiatement, sans confondre unité architecturale et répétition uniforme.

La destruction de 1914-1915

En 1914, Arras se trouve prise dans les combats du front et ses places sont exposées aux tirs d’artillerie. Les bombardements de 1914 et 1915 ravagent les bâtiments de la Grand’Place et de la Place des Héros, dont la mairie et le beffroi. L’effondrement de ce dernier, en octobre 1914, marque un épisode particulièrement visible de la destruction. Des caves, des plans et des photographies permettent toutefois de documenter les édifices disparus. La perte de ces repères civiques et urbains dépasse le seul bilan matériel.

Les bombardements

À partir de l’automne 1914, les combats autour d’Arras exposent le centre ancien aux tirs d’artillerie. Les destructions se poursuivent en 1915 : les deux places perdent leurs bâtiments, tandis que l’hôtel de ville et le beffroi sont touchés. La succession des bombardements transforme le cœur de la ville en secteur de ruines et frappe des édifices qui structuraient la vie municipale.

Quelques repères permettent de suivre cette dévastation sans confondre les étapes :

  • En 1914, les tirs d’artillerie atteignent les places et leurs alignements de maisons, dans une ville située au contact des combats du front.
  • En octobre 1914, le beffroi est frappé à plusieurs reprises ; son effondrement prive Arras de son principal repère vertical et civique.
  • Une brochure touristique consacrée à Arras avance environ 69 impacts d’obus sur le beffroi ; sa date d’édition n’étant pas indiquée, ce chiffre reste attribué à cette source.
  • Durant l’hiver 1914-1915, les bombardements continuent d’endommager les édifices des deux places et aggravent les ruines déjà causées à l’automne.
  • En 1915, les tirs prolongent la destruction des façades et des bâtiments publics ; les places ne conservent plus leur aspect urbain d’avant-guerre.

L’effondrement du beffroi en octobre 1914 est l’événement le plus saisissant de cette chronologie. Les impacts accumulés fragilisent l’ouvrage jusqu’à sa chute, qui rend manifeste l’intensité des bombardements dans le centre d’Arras. Le nombre d’environ 69 obus, rapporté par la brochure touristique, donne un ordre de grandeur, mais ne doit pas être confondu avec un relevé de dommages établi selon une méthode uniforme.

Sur la Grand’Place comme sur la Place des Héros, les tirs détruisent les bâtiments qui formaient les fronts bâtis. La mairie et le beffroi, au-delà de leur fonction publique, incarnaient la présence des institutions et l’identité communale. En quelques mois, l’artillerie transforme ainsi des espaces familiers en un paysage de murs abattus et de structures effondrées : le sinistre est à la fois matériel, par l’étendue des pertes, et symbolique, par la disparition des repères de la ville.

Ce qui a disparu

Les bombardements de 1914-1915 anéantissent une grande partie des bâtiments qui encadraient les deux places. Les maisons et leurs façades disparaissent dans les effondrements ou sont réduites à des pans de murs ; l’hôtel de ville est détruit, tout comme le beffroi, dont la chute survient en octobre 1914. La disparition ne concerne donc pas seulement des immeubles isolés : elle atteint l’ensemble des silhouettes bâties qui donnaient aux places leur continuité et leur échelle.

Le bilan architectural comprend les élévations visibles, mais aussi des éléments de détail devenus impossibles à restituer uniquement à partir des ruines : ouvertures, menuiseries, décors sculptés et dispositions intérieures. Les celliers et les caves ont, par endroits, subsisté sous les décombres. Ces espaces souterrains, avec les plans et les photographies conservés, fournissent des traces matérielles et documentaires des bâtiments disparus. Ils renseignent sur l’implantation des constructions et leurs volumes, sans remplacer les édifices eux-mêmes.

La portée de la destruction a dépassé Arras parce que les places et le beffroi représentaient des éléments majeurs du patrimoine historique de la ville. La perte d’un centre urbain ancien, de son hôtel de ville et de son signal monumental a été ressentie comme un choc national : elle rendait visible l’atteinte portée au patrimoine civil par la guerre. Pour les habitants, la ruine signifiait aussi la disparition de repères quotidiens et d’une part de l’histoire locale. Les vestiges enfouis, les documents graphiques et les vues photographiques en ont gardé la mémoire, mais l’ampleur matérielle du sinistre allait de pair avec une profonde rupture symbolique.

Reconstruire à l’identique

La reconstruction des places d’Arras ne consiste pas à remettre en place les pierres tombées : elle vise surtout à rétablir un ensemble urbain cohérent, en conservant l’apparence des façades d’avant-guerre. La loi Cornudet de 1919 donne un cadre aux plans d’aménagement qui organisent cette transformation (Journal officiel de la République française, 1919). Les chantiers s’échelonnent approximativement de 1919 à 1934, tandis que l’hôtel de ville est reconstruit entre 1922 et 1932 (Ministère de la Culture, base Mérimée, notice consultée en 2025). Le résultat associe une image patrimoniale familière à des procédés constructifs adaptés aux besoins du XXe siècle.

Le cadre légal

Après les destructions de la Première Guerre mondiale, la reconstruction doit à la fois rétablir les rues, permettre la reprise des activités et éviter une remise en état improvisée parcelle par parcelle. La loi du 14 mars 1919, dite loi Cornudet, prévoit pour les communes concernées l’établissement de plans d’aménagement, d’embellissement et d’extension. Publiée au Journal officiel en 1919, elle inscrit la reconstruction dans une réflexion d’ensemble sur les voies, les alignements et l’organisation urbaine, plutôt que dans une simple succession de réparations privées.

À Arras, ce cadre permet de coordonner les travaux sur les places et dans les rues adjacentes : les limites des parcelles, les lignes de façade et la continuité des fronts bâtis doivent composer un espace public lisible. Les façades reconstruites sont ainsi replacées dans un dessin urbain qui respecte les perspectives et les proportions de l’ensemble. La réglementation n’impose pas pour autant une copie identique de chaque détail intérieur ; elle encadre d’abord la forme urbaine et l’aspect visible depuis la rue.

La période générale des travaux est située approximativement entre 1919 et 1934 par les notices patrimoniales du ministère de la Culture consacrées à Arras (base Mérimée, consultée en 2025). Cette durée correspond à une opération menée par étapes, tributaire de la préparation des plans, des décisions administratives, des indemnités et de l’avancement des chantiers. Pour les propriétaires, les choix de reconstruction des façades s’inscrivent dans un cadre collectif : chaque bâtiment doit retrouver sa place et contribuer à l’unité des places, sans que l’ensemble des immeubles soit traité comme un monument unique.

La loi Cornudet fournit donc un instrument de planification, tandis que les autorisations et les projets architecturaux déterminent les solutions appliquées à chaque immeuble. Sur la Grand’Place Arras, ce principe aide à comprendre pourquoi des façades d’apparence ancienne s’intègrent dans un espace rebâti selon une organisation d’ensemble. Le cadre légal protège la cohérence des alignements et des volumes visibles ; il ne signifie pas que toutes les parties des édifices ont été reconstituées avec leurs matériaux et leurs techniques d’origine.

Les architectes et les chantiers

La reconstruction mobilise plusieurs niveaux de maîtrise d’œuvre. Les services municipaux suivent les rues, les places et les bâtiments publics, vérifient la compatibilité des projets avec les alignements et coordonnent les interventions qui touchent l’espace commun. Les architectes privés travaillent pour les propriétaires des immeubles : ils établissent les plans de chaque maison, proposent les distributions intérieures et dessinent les façades en tenant compte des contraintes imposées au front bâti. Cette répartition permet de conduire un projet commun sans confondre les responsabilités de la ville et celles des particuliers.

Les décisions ne se prennent pas uniquement sur le chantier. Il faut relever les parcelles, établir les plans, comparer les documents disponibles et faire approuver les projets avant de lancer les travaux. Les architectes s’appuient sur les vues anciennes pour retrouver les rythmes des baies, la hauteur des étages, les corniches et les pignons. Les services chargés de l’urbanisme peuvent ensuite contrôler l’insertion du projet dans l’alignement, tandis que les entreprises réalisent les fondations, les murs et les éléments de décor. Les notices patrimoniales du ministère de la Culture décrivent une reconstruction conduite par étapes, sur une période approximative de 1919 à 1934 (base Mérimée, consultée en 2025).

Le chantier de l’hôtel de ville constitue une opération majeure. Sa reconstruction est généralement datée d’environ 1922 à 1932 (Ministère de la Culture, base Mérimée, notice consultée en 2025). La ville en organise le projet et le suivi, avec l’intervention d’architectes et d’entreprises spécialisés dans la conception et l’exécution d’un édifice public. Les travaux doivent rétablir une silhouette reconnaissable dans le paysage des places, tout en répondant aux exigences d’usage d’un bâtiment municipal : salles, circulations, bureaux et espaces de représentation. Les méthodes de construction et l’organisation intérieure ne se réduisent donc pas à la reproduction d’un décor ancien.

Pour les maisons des places, la décision de reconstruire les façades s’appuie sur les relevés et les images disponibles, mais aussi sur la nécessité de rétablir rapidement des logements et des locaux commerciaux. De nombreuses façades sont entièrement reconstruites, plutôt que simplement restaurées après une réparation limitée, comme l’indiquent les notices patrimoniales du ministère de la Culture (base Mérimée, consultée en 2025). Les architectes peuvent alors reprendre le dessin général d’un immeuble tout en adaptant ses niveaux, ses planchers et ses espaces intérieurs. Les propriétaires interviennent dans les choix propres à leur parcelle, alors que la municipalité veille à la continuité des façades sur les places et à la cohérence des rues.

Cette organisation explique la diversité des chantiers : l’hôtel de ville relève d’une commande publique, tandis que les maisons et les Hôtels particuliers Arras dépendent de projets attachés à leurs propriétaires. Dans les deux cas, plans approuvés, approvisionnement en matériaux et exécution s’enchaînent sur plusieurs années. La reconstruction ne procède donc pas d’un geste unique, mais d’une coordination entre décisions urbaines, conception architecturale et travaux à l’échelle de chaque immeuble.

Un décor ancien, des structures modernes

Le principe retenu associe une restitution visible du décor à des solutions constructives contemporaines de l’époque. Depuis la rue, l’objectif est de retrouver les proportions et l’ordonnance des façades : largeur des travées, position des ouvertures, niveaux des corniches et silhouette des pignons. Les lignes orthogonales des fenêtres et des étages sont rétablies à partir des documents disponibles, puis complétées par les éléments décoratifs nécessaires à l’unité du front bâti. Cette fidélité concerne d’abord la composition extérieure ; elle ne prouve pas que la maçonnerie conservée avant-guerre a été remise en œuvre.

À l’intérieur, la reconstruction peut faire appel au béton armé et à des ossatures modernes, selon les besoins du bâtiment et les choix du projet. Ces structures facilitent la création de planchers et de pièces adaptées aux usages du XXe siècle, sans imposer de reproduire les dispositions d’une maison ancienne. Une façade peut ainsi présenter arcades, baies et couronnement dans un langage historique, tandis que ses éléments porteurs et son aménagement répondent à une conception nouvelle. Il ne faut pas attribuer une technique identique à chaque immeuble : les solutions varient suivant les plans, les dimensions et la destination du bâtiment.

Les plans et les photographies d’avant-guerre jouent un rôle essentiel pour reconstituer les caractéristiques visibles. Les plans renseignent sur les dimensions, la distribution des ouvertures et les alignements ; les photographies montrent les volumes, les contrastes et les détails qu’un relevé technique ne suffit pas toujours à restituer. Les architectes peuvent confronter ces sources pour retrouver la place d’une porte, la proportion d’une baie ou le profil d’une corniche. Les documents ne donnant pas tous le même niveau de détail, les choix doivent être adaptés à ce qui peut être établi pour chaque façade.

Une reconstruction à l’identique ne signifie donc pas une identité matérielle complète avec les édifices antérieurs. De nombreuses façades ont été refaites, et les structures intégrées derrière elles peuvent être modernes ; l’authenticité tient à la restitution du dessin urbain et de l’apparence architecturale, non à la conservation de chaque pierre d’origine. Cette distinction compte pour lire le patrimoine historique d’Arras : une façade fidèle témoigne aussi d’un chantier de reconstruction et des choix faits par les architectes au cours de l’entre-deux-guerres.

Les notices patrimoniales du ministère de la Culture situent les travaux généraux approximativement entre 1919 et 1934 et la reconstruction de l’hôtel de ville vers 1922–1932 (base Mérimée, consultée en 2025). Ces repères décrivent une période où les techniques et les exigences d’usage évoluent, alors que l’aspect des places doit rester cohérent avec son héritage. Pour le visiteur, le résultat se lit simplement : les façades visibles offrent une restitution fidèle au style ancien, réalisée lors de la reconstruction des années 1920–1930, derrière laquelle se trouvent des structures et des aménagements modernes.

Questions fréquentes sur les places d’Arras

Trois repères permettent de mieux comprendre l’authenticité des façades, le nom de la Place des Héros et les boves sous les places.

Les maisons de la Grand’Place sont-elles authentiques ?

Les maisons de la Grand’Place présentent une apparence historique, mais leurs façades actuelles résultent d’une reconstruction menée entre 1919 et 1934, période documentée par les archives municipales d’Arras. Leur authenticité tient donc surtout à la restitution des volumes, des pignons et du décor visibles dans le paysage urbain. Elle ne signifie pas que les structures actuelles soient toutes celles des maisons antérieures aux destructions. La Grand’Place associe ainsi un aspect ancien à des bâtiments reconstruits au XXe siècle.

Pourquoi la Place des Héros porte-t-elle ce nom ?

La Place des Héros a reçu son nom en 1945 pour rendre hommage aux résistants d’Arras, comme le rapporte l’histoire locale de la ville. Cette dénomination inscrit le souvenir de la Résistance dans le cœur urbain, au milieu des façades et des arcades de la place. Elle distingue la place de son ancien rôle de place du marché et rappelle une mémoire liée à la Seconde Guerre mondiale. La date de 1945 est associée à cette décision dans les repères historiques de la Ville d’Arras.

Les deux places sont-elles reliées sous terre ?

Les deux places sont situées au-dessus d’un réseau de boves et de passages souterrains, mais cela ne signifie pas qu’un itinéraire continu les relie directement sous toute leur surface. Les sources patrimoniales locales estiment à environ 20 kilomètres la longueur totale de ce réseau de galeries. Ces espaces creusés dans la craie témoignent d’usages successifs liés à l’histoire d’Arras. Le chiffre de 20 kilomètres est une estimation du réseau souterrain, et non la longueur d’un passage unique entre les deux places.